Interview de Christiane Danesi

Interview de Christiane Danesi

[INTERVIEW]Christiane Danesi est antiquaire depuis toujours. Son parcours commence dans les années 70 dans les Alpes Maritimes, puis continue à Montpellier à partir de 1999. Aujourd’hui, installée sur Pezenas, elle continue de s’investir auprès d’associations qui organisent des événements brocante à Montpellier. Christiane est aussi passionnée que passionnante, on pourrait l’écouter des heures et d’ailleurs c’est ce qui s’est passé pour tout vous avouer… Et quel bonheur !
 
Comment as-tu commencé ?
Plutôt par hasard. J’ai rencontré un antiquaire que j’ai suivi dans ses pérégrinations dans les années 70. Ça a souvent été une histoire de rencontres pour moi. J’ai aimé et choisi ce métier car il m’apportait beaucoup de liberté, je pouvais choisir mon emploi du temps. Au travers des objets je découvrais des pans de l’Histoire que je ne connaissais pas, c’est très enrichissant, on ne connait jamais tout c’est le plaisir de la découverte… J’aime aussi rencontrer des gens, des marchands, des collectionneurs qui nous apportent beaucoup. Au départ, je me suis dirigée vers les bibelots autour de l’Art Nouveau et l’Art Déco. J’ai eu plusieurs magasins dans les Alpes Maritimes dans lesquels j’ai proposé des meubles de l’Art Nouveau aux années 40, du rotin et de meubles en fer forge, du mobilier de bar, des barbotines… Ma clientèle était essentiellement composée de marchands. En arrivant dans la région de Montpellier en 1999, je me suis réorientée pour m’adapter à une clientèle de particuliers cette fois.
 
Aujourd’hui où chines-tu?
Je chine essentiellement chez des particuliers qui souhaitent se séparer d’objets et de mobilier, il y a quelques années je chinais plus en salles des ventes ou chez des marchands. On a nos réseaux et on se partage les contacts. J’ aime aussi chiner sur les puces mais on ne trouve plus grand-chose. On peut tomber parfois sur une pépite mais c’est rare. Aujourd’hui c’est la fripe qui marche le mieux, il y a d’ailleurs plus en plus de fripiers (lunettes, bijoux, vêtements).
 
Quel style d’univers proposes-tu ?
Personnellement ce que je préfère ce sont les objets et meubles des années 50 à 70 avec beaucoup de couleurs. J’ai un faible aussi pour les céramiques de ces années-là. Chez moi, j’ai de nombreux meubles en chrome et verre… Dans mon magasin, en revanche, la proposition est très éclectique, il y a des objets de toutes les époques.
 
Peux-tu nous parler de ton projet sur Pézenas ?
J’ai eu envie de souffler un peu et de m’établir à Pézenas en m’installant dans une boutique située dans un secteur où il y a beaucoup de brocanteurs et antiquaires. C’est un quartier très connu et prisé notamment des marchands étrangers. En ce moment avec le Covid c’est très calme. Mais en temps normal, il y a des marchands du monde entier, beaucoup d’européens mais aussi des américains, des chinois, des japonais et parfois même quelques australiens et des marchands du Moyen Orient. Ils cherchent de la marchandise ancienne française et repartent parfois avec des containers entiers.
 
Quels sont les objets que tu vends le mieux ?
Ca dépend du lieu et des conditions dans lesquelles je vends. Par exemple, en boutique à Pézenas, je vends essentiellement des meubles (enfilade, tables, chevets, chaises et fauteuils…). Mais sur les déballages et marchés, la clientèle recherche davantage des objets décoratifs et bibelots. Ce que je trouve formidable dans le fait d’acheter des objets en brocante c’est que cela permet d’apporter à son intérieur une véritable touche personnelle. Il faut bien entendu avoir le goût pour cela. Mais je trouve qu’avoir un intérieur avec des objets chinés permet d’exprimer aussi sa personnalité. Nos intérieurs sont un peu le reflet de ce que nous sommes au final.
 
À Montpellier, on te retrouve aux Dimanches du Peyrou (marché d’antiquités-brocante), mais tu es aussi organisatrice d’événements brocante. Peux-tu nous en dire plus ?
les Dimanches du Peyrou, oui 8 ans déjà, Camille Cattan a été l’instigatrice du Marché et nous avons crée avec d’autres antiquaires brocanteurs une Association qui a été en partenariat avec la Ville pour participer à sa mise en place . Un marché sympathique dans un lieu historique incontournable à Montpellier (Les Jardins du Peyrou). Je fais aussi partie de plusieurs associations avec lesquelles j’organise des événements. Par exemple : les Puces du Lez une fois par mois depuis 4 ans au Marché du Lez, ou encore les Puces Festives à Pignan dans le Parc du Château tous les mercredis (cela reprendra au printemps). Avec l’Association Art&Com Montpellier, nous organisons aussi depuis quelques années Les Jeudis d’Antigone à Montpellier sur lesquels on accueille des brocanteurs, bouquinistes, créateurs, artistes, artisans d’art… et « Broc’art» marché aux livres et à la brocante, tous les mardis, qui est désormais un marché municipal qui se trouve aux Arceaux. Avec Art&Com, nous avons aussi organisé des salons d’antiquités dans des communes autour de Montpellier. On s’occupe aussi du Grand Bazar des brocanteurs et bouquinistes qui a lieu deux fois par an sur l’Esplanade de Montpellier.
 
Wouah, et comment arrives-tu à mener tout ça de front ? (je suis vraiment épatée et admirative !!)
Rires. C’est beaucoup de travail, c’est prenant mais c’est sympa aussi. Nous sommes plusieurs au sein des associations donc on se répartit le travail et les missions.
 
Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui voudrait se lancer aujourd’hui dans cette activité ?
Il faut d’abord acheter ce que l’on aime, c’est important. Peu importe l’époque ou la valeur… il faut aimer les objets que l’on achète car on en parle mieux et on le vend mieux. J’observe aussi avec curiosité et intérêt, les nouvelles pratiques des jeunes brocanteurs qui utilisent beaucoup les réseaux sociaux, notamment Instagram. Cela va dans le sens de votre modernité, c’est intéressant et ça peut permettre de sensibiliser et toucher une nouvelle clientèle. Mais il est important de continuer à apprendre, de se renseigner sur les objets que l’on vends et de se faire plaisir !
 
Pourquoi est-on attiré par un objet plus qu’un autre ?
Il y a un côté Madeleine de Proust avec les objets. Ils font sens et trouvent un écho en nous car ils nous ramènent à quelque chose de notre enfance, à un sentiment, une émotion, un moment vécu… Parfois (souvent !) de manière totalement inconsciente.
Je crois aussi à l’énergie qui émane des objets. Ils sont « vivants », chargés d’histoires vécues et d’émotions. Ils nous attirent à eux et ce n’est pas par hasard. Dommage qu’on ne puisse pas remonter le temps et voir tout ce qu’ils ont pu vivre. (Rires) C’est mon côté « spirituel » qui ressort.
 
Si tu étais un objet, tu serais ?
Je serais un vase de Roger Capron, un grand céramiste du XXème siècle. J’aime son travail de glaçure blanche sur laquelle il applique des décors émaillés de couleurs vives.

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